14 AOÛT 2010
SACS AU DOS, BOYS !
C’est notre dernière matinée au Camping du Couriou. Comme par enchantement, tout le monde s’éveille relativement de bonne heure. Sans doute l’effet de l’air pur de la campagne, mais comme la matinée s’annonce légèrement chargée, ce n’est qu’un avantage qui permettra d’effectuer les rangements habituels, démontages de tentes et… De jouer quelques parties de ballon bien vigoureuses. Du coup, la rencontre Russie-Hollande annoncée par Sergey sera remplacée par une rencontre Russie-France. Il y aura quand même quelques palabres interminables pour savoir combien de joueurs s’affronteront. Malgré notre léger parti pris en faveur de nos enfants, il faut bien reconnaître que Misha peut être parfois animé d’une relative mauvaise foi. Son caractère affirmé de grand adolescent crée pendant quelques instants une atmosphère un peu tendue. Il s'agit pour lui d'apurer la honte connue la veille, et notre jeune russe ne concède rien ! Un peu agacés par un simple jeu qui se transformerait vite en affaire d'Etat si l’on n’y prenait garde, les adultes se débinent en douce pour aller s'occuper du rangement des équipements, pendant que les gamins règlent leurs comptes à grands coups de pieds dans la baballe. Nous ne saurons jamais vraiment qui a remporté le match. Ah ! Ces Mômes, avec un grand "M" !
L’EXPÉDITION
Pour le déjeuner un bon repas froid a été offert par plusieurs des commerçants de Die. Nous organisons une expédition pour l'aller chercher. Les deux Ivan, Alexey et Ilya sont volontaires pour faire partie du commando, pas mécontents de bouger un peu. Die en été, notamment les samedis, devient le rendez-vous incontournable des vacanciers stationnant dans la région. C’est jour de marché. Comme dans beaucoup de villes qui pensent que gêner les automobilistes est le moyen de réduire la circulation, il est quasiment impossible de stationner à moins d’avoir une chance extraordinaire, ou quelque macaron tricolore ouvrant le droit à des prébendes ordinaires. Quand à circuler à pied, à moins d’avoir une âme de Kamikaze, autant avouer que c’est une épreuve capable d’effrayer le plus aguerri des baroudeurs.
Il ne faut pas craindre la foule, ni les bousculades. Malheureusement, notre escouade doit se rendre en plein cœur de cette zone terrifiante.
Parvenu à la boulangerie-Pâtisserie "Nougatine" notre détachement est accueilli avec beaucoup de chaleur par la famille Ligeon. Le patron a confectionné un superbe gâteau, un délicat "framboisier" décoré, s’il vous plaît, aux armes des Robinzon !
Nous aurions aimé faire une photo souvenir de nos quatre jeunes musiciens avec cette sympathique famille Dioise. Mais la boutique ne désemplit pas, et seule Sophie, l’épouse du pâtissier, parviendra à se libérer quelques secondes de la masse affamée des clients pour poser avec eux devant le magasin.
Nos enfants, toujours un peu séduits par les mille tentations qui s'offrent à eux, souhaitent faire quelques emplettes purement "alimentaires". Curieusement, ils choisissent tous les quatre des préparations salées qu’ils agrémentent de canettes diverses. Ils tiennent absolument à payer leurs achats, alors que Sophie et son fils aîné, Anthony, ne veulent rien entendre. Une âpre négociation menée de main de maître par les gamins, ne saisissant que quelques rares mots de Français, débouche enfin sur un compromis acceptable pour les deux parties. J’suis Sibérien et rien ne me résiste, non mais ! L'accompagnateur Français, produisant des traductions approximatives, a beaucoup de mal à cacher sa furieuse envie de rire.
Nous quittons la pâtisserie "Nougatine" avec quelques regrets, puis faisons route vers la boutique du traiteur. Celui-là a imaginé un repas froid dont nous ignorons la composition.
Les enfants gesticulent, bavardent, mangent et boivent tout en marchant, ce qui relève de l'exploit au milieu de la cohue grouillante de gens aux mouvements imprévisibles. Le plus compliqué sera de protéger le gâteau, afin de le livrer entier et en bon état au camping.
UN REPAS SURPRISE
Arrivés devant la boutique, une petite mauvaise surprise nous attendait : le magasin était lui aussi bondé ! L'intendant Français, s’armant de courage et ne craignant pas de se faire piétiner malgré sa petite taille, se faufile à l'intérieur pendant que le reste du commando Robinzon fait le pied de grue devant l’entrée. Ils attendront longtemps, sous le soleil matinal déjà bien assez cuisant !
Les clients semblent s'être donné le mot : ce ne sont qu’hésitations, choix laborieux, achats multiples. Le temps semble passer très lentement. Le maître des lieux s'inquiète, interroge notre intendant en lançant ses questions par-dessus la tête des clients. Il veut tout savoir du déroulement du concert de la veille qu'il avait complètement oublié, malgré l'affiche ornant agréablement sa vitrine. Mais il semble également avoir oublié le repas promis !
Enfin ! Enfin ! C'est à notre tour ! Les deux Ivan jouent un peu des coudes pour entrer dans la boutique s’emparer de leur repas composé à la dernière minute : un gigantesque taboulé accompagné de très appétissantes caillettes aux herbes.
Soulagée, mais les bras bien chargés, notre joyeuse troupe reprend le chemin de la voiture… Oh ! Nous avons oublié le pain ! Les enfants poursuivent seuls leur marche vers le véhicule qui doit être déjà une gentille fournaise, pendant que notre intendant retourne au pas de charge à la boulangerie en maugréant un petit peu.
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CUISSON MIJOTÉE
Sophie, vraiment généreuse, offre les pains. Et notre français, craignant que les enfants ne retrouvent pas la voiture dans le dédale des ruelles inconnues, repart en courant.
Mais ils ne sont pas dépourvus du sens de l’orientation, ces gosses. Les Robinzon sont bien arrivés. Pour tuer le temps ils lorgnaient sur les étals marchands à proximité. Pas le temps ! On n’a pas le temps ! Vite ! Il est l'heure du déjeuner et l’on nous attend au Couriou. En voiture ! Quel bonheur que d’entrer dans un four à roulettes ! Vive le soleil d’été.
Nous arriverons avec un peu de retard. Jimmy, venu offrir aux enfants une activité assez surprenante pour l'après-midi, est déjà arrivé. Heureusement tout l’équipement a déjà été chargé dans les véhicules. Il ne reste donc qu'à nourrir notre petite troupe. Le repas se déroule sous les regards de jeunes admiratrices hollandaises, déçues de voir partir leurs vedettes sans avoir pu faire plus ample connaissance.
Le "framboisier" rencontre un franc succès. La décoration "Robinzon" n'a pas empêché que la pâtisserie soit élégamment, mais fermement engloutie. Bien sûr, bien sûr… Il a fallu ajouter l’indispensable, l’incontournable melon à ce repas qui en était, quelle abomination, dépourvu !
Après avoir adressé un dernier salut aux fans rôdant non loin de là, nous embarquons pour voguer en direction du Claps, autrement appelé le "saut de la Drôme", un vraiment spectaculaire site naturel né de la chute d'une montagne. Nous n’avons à parcourir qu’une petite pincée de kilomètres. Nous arrivons bien vite à l’aire de stationnement aménagée près d’un petit lac.
CLAP ! CLAP ! CLAPS !
Jimmy a apporté avec lui tout le matériel nécessaire à l’exercice de cette activité. Baudriers, longes, cordes et casques laissent un peu dubitatifs les enfants, qui ne savent pas exactement à quoi ils vont servir. Ceux-ci comprenant rapidement ce qui les attend s’habillent en conséquence, abandonnant les shorts pour des pantalons, les nu-pieds pour des baskets. Le nombre d’équipements étant limité, seuls parmi les adultes, Maksim et Sergey accompagneront Jimmy dans l’aventure à laquelle il convie les Robinzon.
Pensant pouvoir louer des équipements complémentaires à la buvette, les accompagnateurs Français tentent de s’y fournir, mais en vain. Pour cela il faudrait se rendre à Luc-en-Diois, certes très proche, mais nous n'avons plus le temps. Fatalistes, les accompagnateurs un peu déçus se consolent en se disant que ce n'est pas grave, que ce ne sont pas les occasions qui manquent, que… Bref.
Tout le monde dûment harnaché suit Jimmy jusqu’au pied de la falaise, où commence la "Via ferrata", ce parcours d’escalade qu'il a choisi de leur faire découvrir. C’est à nouveau un beau cadeau offert ces jeunes russes. Il a d’autant plus de valeur que Jimmy a laissé femme et fille sur leur bateau à Hyères pour passer la journée avec les Robinzon.
LE JOUR DE L’ASCENSION
Jimmy donne les dernières explications, attentivement écouté par les grimpeurs, puis par précaution encorde sérieusement tout le monde à sa suite. La petite colonne d’explorateurs de sommets commence à grimper, mais… Sergey, le plus âgé de toute la bande, ne se sentant pas très à l’aise demande à rester au sol. Il se déharnache rapidement, puis est remplacé in extremis par l’interprète, qui n'avait pas prévu de se retrouver dans cette situation. Ah ! ah !
Alexey en second de cordée est en pleine forme. Il est particulièrement détendu, heureux de participer à cet exercice très physique. Ce gamin nous étonne continuellement, il est à l'aise partout, sur scène, avec des personnalités, devant des objectifs, sur des skis nautiques, suspendu au-dessus du vide. Il va une nouvelle fois faire la démonstration qu'il ne rechigne en rien à expérimenter des nouveautés. Il profite de toutes les occasions qui lui sont données pour exprimer sa joie de vivre.
Les autres Robinzon sont également totalement emballés. Vanya fait le pitre à chaque occasion, Ivan s'applique, de larges sourires ravis qu'on lui voit rarement éclairent son visage. Maksim, plus trapu, souffle un peu. Il est très fort, mais sa carrure d’armoire normande est lourde à élever. Le jeune Ilya, que l'on pensait au début un peu inquiet, ne l'est en réalité pas du tout. Il est heureux et fier, lui aussi. En fait, avant-dernier de la cordée, placé juste devant l'interprète, Ilya s'est rendu compte que ce dernier rencontre plus de difficultés, peut-être est-il légèrement apeuré par le vide. Ilya se retourne souvent pour l'encourager afin qu'il ne freine pas l'avancée du groupe.
Malgré les efforts empressés d’Ilya pour encourager son suiveur, la progression à flanc de falaise est plus lente que prévue. Jimmy, pour éviter la deuxième partie de la Via Ferrata aussi longue que la première mais un peu moins passionnante, choisit d’emprunter la voie d'évitement à mi-chemin. Le retour se fera tranquillement en redescendant par-derrière la grande barre rocheuse.
SERGEY LE PHOTOGRAPHE
Pendant ce temps Sergey un peu rasséréné a renoué avec sa passion pour la photographie. Tous les rochers du Claps, petits et grands, seront immortalisés dans les souvenirs par des magnifiques clichés dont il a le secret.
Les alpinistes en herbe seront de retour aux véhicules bien avant leur Sergey protecteur. Ils en profiteront naturellement pour assaillir la buvette. L’escalade, ça donne soif ! Alors que le spectacle naturel du Claps aurait pu les inviter à une balade permettant de découvrir toute sa beauté, les mômes se sont laissé entraîner dans une nouvelle partie de l'insipide "Jungle speed". Au moins, assis sur une chaise à quatre pieds solidement posés au sol, le plus fervent amateur de cet ersatz de jeu ne risquait pas le vertige.
PATRICE À LA PEINE
Patrice s’était discrètement éclipsé depuis le départ du camping. Toujours pointilleux sur le bien-être de ses protégés, sans jamais ménager sa peine, remplissant l’un des rôles les plus ingrats mais les plus indispensables, il s'était rendu directement à la prochaine étape, chez "Ziol" et "Tibou".
Ces deux-là sont des amis, "artistes et bikers" comme ils se définissent eux-mêmes, résidant au pied du Vercors à relativement peu de distance de Valence.
Patrice, méticuleux, installait le campement et le matériel en attendant l'arrivée du groupe, qu'il imaginait un peu tardive. Il était rejoint sur place par Roland, l'Agent Artistique Français accompagné de sa fille Cécile. Ces deux-là avaient expédié leurs affaires courantes afin de retrouver les joyeux lurons dont ils avaient eu quelque peine à se séparer, à Bersac.
Nos jeunes arrivèrent au nouveau campement en fin d'après midi. Ils en profitèrent pour découvrir les lieux, ainsi que leurs hôtes à l’extraordinaireté rassurante. Ils se mirent bien évidemment à jouer au ballon, y compris avec l’un des doux chiens de la maison, qui se prenant au jeu, n'hésitât pas à mâchouiller l’un des ballons jusqu’à en faire un bout de cuir baveux sans intérêt pour les enfants, mais tellement passionnant pour lui !
AH ! QU’EST-CE QU’ON SE MARRE !
Durant cette période de découverte et d'installation Patrice, Roland et nos hôtes préparaient le repas.
La soirée se termina sur la terrasse où nous mangeâmes aux flambeaux. Nos enfants nous offrirent spontanément un nouveau concert privé, magnifique en ces lieux à l’atmosphère magique, prestation volontaire qui enchantât Marie-France "Tibou" et Alain "Ziol", qui découvraient avec émerveillement nos jeunes prodiges. Emporté par l’ambiance très familiale de la soirée, notre interprète s’enhardit jusqu’à exécuter une chanson traditionnelle du folklore Russe, sous les regards attentifs des Robinzon amusés.
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Mais avant d’aller dormir, il fallait absolument faire le tour de la maison, pleine d’objets d’art, de choses étranges, de richesses peu coutumières, de bibelots étonnants. Coin et recoins furent visités avec application, sagement, par des yeux brillants de plaisir.
Mais les meilleures choses ont une fin, les enfants. Dormir est aussi une bonne chose, n’est-ce pas ?
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